19juin

X-Men House of X –Power of X : un récit inattendu aux idées novatrices

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Les X-Men, création de l’époque “classique” de la Marvel (1963), ont été portés sur les fonts baptismaux par les regrettés Stan »The Man » Lee – connu ces dernières années pour ses apparitions dans les films estampillés MCU (Avengers/Les vengeurs ; Spider-Man etc…) – et Jack « the King « Kirby. Nés avec le gène « X » qui leur confère des pouvoirs extraordinaires, les X-Men sont des mutants, réunis par Charles Xavier, qui protègent un monde qui les craint et les haït contre toutes formes de dangers et en particuliers leurs frères génétiques - soit d’autres mutants (initialement Magnéto) - et tentent de s’insérer et de trouver leur place dans ces conditions : le concept est ainsi entièrement basé sur l’idée de tolérance, d’égalité et d’acceptation des différences – ce qui est normal au vu des enjeux sociaux à l’époque de leur création, les mouvements pour les droits civiques aux Etats-Unis ayant eu lieu entre 1954 et 1968.

Si leurs débuts n’ont pas été des plus flamboyants, si le titre a continué à paraître cahin-caha durant les années 60 et 70 avant d’être annulé, la donne a changé avec l’arrivée d’un tout jeune scénariste, Chris Claremont et sa relance avec le célébrissime « Giant-Size X-Men 1 » en 1976. Sous sa houlette, l’équipe s’est vue remanier, a gagné un casting international et a rencontré un succès colossal avec son mélange détonnant d’action et de soap-opera- en particulier avec l’adjonction d’un petit nouveau Serval (Wolverine en v.o.)

Avec les dessinateurs Dave Cockrum puis John Byrne, il fera de la série le maître-étalon des ventes de l’industrie et produira nombre de classiques instantanés ; Claremont quittera l’univers X en 1991 après l’avoir développé avec nombre de séries dérivées – 9 dans les années 90 – et avec le lancement des exceptionnels X-Men 1/2/3 avec Jim Lee au pinceau.

Si la licence a continué initialement sur sa lancée avec de très bons dessinateurs et scénaristes, sa dernière période faste s’est terminée avec le départ de Morrison - scénariste de 2001 à 2004 -. En parallèle, la série s’est exportée sur grand écran avec initialement beaucoup de succès. Cependant, à partir de 2005, X-Men est devenue une série has-been voire morte-vivante, avec une valse affolante des concepts, des dessinateurs et scénaristes, incapable de se renouveler, de se trouver un cap et de renouer avec le succès passé ; les séries sœurs ont connu le même destin - si l’on excepte la réussite de Uncanny X-Force de Remender -. 2019 est l’année du retour en grâce avec l’avènement d’un nouveau grand ordonnateur, Jonathan Hickman et les 2 mini-séries House of X (la maison du X) et Power of X (le pouvoir du X) - HoX/PoX pour les intimes - de 6 épisodes chacune sensées rendre une cohérence globale et leur éclat aux mutants Marvel…

Une nouvelle Genèse

House of X - HoX -, qui se passe de nos jours, développe dès ses premières pages un intrigant nouveau statu quo pour l’intégralité de la "mutanité" : les notions de bons et de mauvais mutants sont abolies ,  les dissensions majeures et les antagonismes historiques – grand classique de la série : Xavier contre Magnéto contre Apocalypse et leurs visions irréconciliables - sont jetés aux oubliettes et ne demeure plus qu’un peuple mutant uni – avec sa culture, sa langue, ses coutumes, ses lois et son gouvernement – par sa singularité génétique - le fameux gène X qui donne des pouvoirs.

Mieux, les mutants sont devenus virtuellement immortels par un processus de clonage / sauvegarde des individus - le taux de mortalité (et de retour) ayant toujours été extrêmement élevé dans les différentes séries X -. Installés sur l’île vivante de Krakoa - qui leur fournit en outre des portails et les ressources de base de leur économie -, les mutants, qui gagnent ainsi une dimension universelle, invitent l’humanité à bénéficier d’une technologie médicale dernier cri et de produits d’exception en échange de la reconnaissance de leur nouvelle nation souveraine dédiée.

 Pendant ces négociations, une équipe humaine multinationale, Orchis, prend ses quartiers dans la station orbitale internationale La Forge, dédiée à la gestion du problème mutant...Nouveaux idéaux, nouvelle doctrine, changement total de paradigme : des transformations radicales pour les X-Men pour une mini-série plutôt classique mais aboutie et placée sous le sceau du changement.

Power of X, plus ambitieuse dans son fond, propose d’entrer dans le vif de l’évolution présentée dans HoX - le regroupement global de tous les mutants et le bras de fer avec le monde et les nations pour s’imposer et exister -, d’en expliquer l’origine, le point de bascule ainsi que les raisons de ces changements majeurs. C’est une fresque englobant l’intégralité de l’histoire de la "mutanité" sur plus de 1 000 ans, découpée en 4 périodes temporelles charnières : l’année 0 où le jeune Charles Xavier - soit pré constitution des X-Men - rencontre une jeune Moira Mc Taggert et où le futur va se dévoiler (le segment de la grosse révélation) ; l’année 10 soit des évènements complémentaires à House of X (sur la même période temporelle) ; l’année 100 où la guerre humains/mutants bat son plein et enfin l’année 1000 soit celle de la transfiguration.

Power of X apporte énormément de réponses - dont une majeure sur le nouveau statu quo décrit -, développe la saga X-Men dans son ensemble et enrichit l’univers mutant de façon impressionnante tout en demeurant “fidèle” à la continuité. Les 2 mini-séries, présentées sous une couverture commune par Panini en France sont extrêmement complémentaires et remplissent parfaitement la promesse de révolution/relance de la saga X-men : un redémarrage exceptionnel, un vrai plaisir de lecture.

Prendre une franchise autrefois hégémonique et en état de mort cérébrale et artistique depuis plus de 15 ans, lui faire retrouver son lustre d’antan - auprès du public comme de la critique - et surtout la projeter dans la modernité à coups d’idées (folles) et de révélations (chocs), voilà le défi qu’a dû - et de fort belle manière au vu du résultat final -, relever le scénariste Jonathan Hickman  en reprenant l’ensemble de la maison X.

La mission d’origine était simple : proposer quelque chose de nouveau pour une des plus grosses franchises de l’industrie du comics dans les années 80 à 2000 avant de devenir l’ombre de ce qu’elle était. Pour un tel électrochoc, il était essentiel d’avoir une vision inédite pour les enfants de l’atome, un grand dessein cohérent au souffle épique et sortant des schémas rebattus tout en demeurant fidèle aux thématiques et aux bases du matériau d’origine - et dans une moindre mesure à la continuité, complexe, des X-Men -. Pour cette ambition majeure aux allures de mission impossible, il fallait un architecte d’exception aux multiples talents : c’est tout naturellement que Jonathan Hickman a ainsi été désigné chef d’orchestre de cette cathédrale en devenir. Il a tout d’abord défini une trame scénaristique globale, découpée en 2 mini-séries qui en fait n’en forment qu’une seule, permettant ainsi 2 narrations distinctes sur différentes temporalités, totalement complémentaires mais ayant chacune leur personnalité propre.

Le style narratif particulier dont il use se révèle parfaitement adapté au format adopté et aux thématiques développées : écriture dense - nécessitant parfois retour ou relecture - aux effets parfaitement maîtrisés, inserts explicatifs façon encyclopédie apportant des éléments sur les nouveaux concepts et utilisation de la continuité marvelienne à travers nombre de références et de clins d’oeil...Si les thématiques habituelles de la série  - tolérance, égalité, acceptation de l’autre -, remises au goût du jour et saupoudrées de transhumanisme sont bien présentes, la teneur du message – et donc du rapport - des mutants au monde a bien changé avec un message plus réaliste et proactif, presque belliciste – nous sommes là et vous devez vous y faire – qu'enclin au pacifisme naïf et attentiste qui jusqu’ici semblait la seule voie de salut de la mutanité - coexistence pacifique avec les humains malgré leur conduite avec leur égard -. De façon assez inédite se mêlent ainsi des considérations politiques, géopolitiques, socio-économiques et philosophiques à des concepts science-fictionnels originaux et à des extrapolations radicales qui ne sont pas sans rappeler le cycle des romans “Fondation” d’Isaac Asimov - considéré comme un grand classique de la science-fiction -. Drastique dans son approche de la franchise et de ses thématiques, Hickman l’est tout autant dans son scénario, volontiers cryptique mais qui répond, en particulier grâce aux différentes temporalités proposées, à la plus grande partie des interrogations légitimes du lecteur avec un tel changement de paradigme.

L’Histoire mutante - avec un grand “H” -, telle que définie par les différents scénaristes s’étant succédés sur les différents titres X - n’est ni oubliée, ni délaissée mais bénéficie d’un ajout essentiel qui paraît logique alors même qu’il s’agit d’un “retcon” - continuité rétroactive soit l’ajout ultérieur de nouveaux éléments altérant les faits établis dans une œuvre de fiction - à découvrir dans Power of X 2. La partie graphique n’est pas en reste avec les 2 artistes d’exception que sont Pepe Larraz (HoX) et R.B.Silva (PoX) qui non contents de créer ex nihilo et avec beaucoup de talent tout le visuel de cette nouvelle ère s’acquittent avec brio de devoir mettre en image un scénario plus porté sur les dialogues et la réflexion que sur l’action et les explosions. Leurs styles propres s’accordent parfaitement malgré l’alternance des 2 titres, aidés en cela par la colorisation unique de Marte Garcia. Une relance scénaristique et graphique de très haut niveau pour une franchise qui assume enfin pleinement le concept d’évolution. Incontournable.

Scénariste et dessinateur, Jonathan Hickman s'est fait connaître avec ses premières productions courant 2000 pour l’éditeur Image Comics – Nightly News ; The Manhattan Project ; East of West... -. Collaborateur attitré de Marvel depuis de nombreuses années, il a présidé aux destinées des vengeurs – Avengers en V.O. - et de nombre de séries chorales - Infinty et Secret Wars -, toujours avec le style particulier qui le caractérise - très porté sur les dialogues et bourré de concepts -. Pepe Larraz est un dessinateur espagnol, exclusif chez Marvel Comics, qui a collaboré sur nombre de séries classiques de l’éditeur ; il est actuellement attaché à un projet Star Wars. Ruben Da (RD) Silva est un artiste brésilien, auparavant attaché à l’éditeur DC Comics- Superboy ; Red Hood ; New 52...- ; il a rejoint Marvel courant 2018.

Pour qui : toutes celles et tous ceux qui recherchent un récit inattendu, fort bien amené et bourré d’idées novatrices ; pour tous les esseulés de la franchise X et ceux qui voudraient la découvrir ; ceux qui pensent que c’était mieux avant pour les héros mais désirent avoir des raisons d’espérer qu’eux aussi ont un avenir ; ceux qui attendent d’un récit qu’il ne les prenne pas par la main mais leur propose quelque chose d’inattendu ; ceux qui aiment les super-slips mais en atours de lumière / lecteur averti - dès 16 ans -

Le + : Si les 2 séries sont idéales pour découvrir les X-Men - elles constituent un point d’entrée parfait -, les vieux lecteurs et les connaisseurs de cet univers ne seront pas dépaysé avec la foultitude de détails renvoyant aux plus riches histoires des mutants de la Marvel depuis leur création dans les années 1960. A la relance de la franchise avec HoX/PoX - qui a rencontré un énorme succès - a succédé Dawn of X qui a vu de nouveau de nombreuses séries estampillées X être relancées : si certaines sont passionnantes - X-Men ; X-Force ; New Mutants -, d’autres paraissent clairement dispensables – Excalibur ; Marauders etc... - et font craindre une saturation artificielle du marché menant à la disparition de nombre de ces titres - soit la même situation que celle rencontrée dans les années 90 -.

La série, mensuelle, est en cours de parution - sur 4 mois donc - ; le 1er épisode, paru ce mois de juin 2020, est disponible en librairie.

House of X / Power of X - souple - 8,90€ par numéro - 4 numéros - 112 pages chacun - édition Panini Comics -

 

 

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