03déc.

Comprendre « l’esprit du lieu » de la Réserve Naturelle du Tanet-Gazon du Faing

Retour |

Doucement, l’hiver s’est installé sur les landes d’altitude du Tanet-Gazon du Faing. Bien que la faune et la flore se fassent plus discrètes sous la neige... point de saison morte pour Marjolaine Chesnais, Garde-Technicienne et Cyril Gérard, Conservateur et Gestionnaire, avec qui nous avons cherché à comprendre « l’esprit du lieu » de la Réserve Naturelle du Tanet-Gazon du Faing.

Chaque lieu à une histoire et un « esprit » 

Créée le 28 janvier 1988, à la suite d’une réflexion nationale de la part de scientifiques, de naturalistes et d’associations de protection de la nature visant à protéger les tourbières, la Réserve Naturelle Nationale du Tanet-Gazon du Faing couvre plus de 500 hectares du versant lorrain de la grande crête des Vosges, entre le Col du Calvaire et le Col de la Schlucht. Elle est gérée par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine (CENL).

Tous deux salariés du CENL, Marjolaine et Cyril sont les garants de la gestion et de la protection du lieu. Ici, landes et prairies, forêts d’altitude et tourbières, constituent un patrimoine paysager, écologique et géologique remarquable que Marjolaine et Cyril parcourent quotidiennement pour suivre son évolution et sensibiliser les très nombreux visiteurs. Chaque année, ce sont près de 400 000 personnes qui empruntent les sentiers de la réserve… Les enjeux de protection et de préservation sont indiscutables. « Pour bien comprendre ce qu’est une réserve, il faut comprendre « l’esprit du lieu ». La nature n’a pas besoin de l’homme, mais l’inverse est différent… Les visiteurs doivent avoir à l’esprit qu’on ne parcourt pas une réserve naturelle comme on visite un monument ou un lieu touristique… Nous sommes dans un espace vivant, dynamique et fragile à la fois… », précise Cyril, lorsque que nous nous approchons de la réserve.

Un lieu pour découvrir et observer

Pour le botaniste américain Wes Jackson : « Il y a plus de chose à découvrir qu’à inventer. »1, ce qui pourrait être une devise de la réserve. Quand on s’y aventure, on doit tout d’abord réapprendre à voir et observer son environnement proche. « Il faut être attentif à ce qui nous entoure, à commencer par les panneaux d’informations » me dit Marjolaine et du « bon usage des sentiers » ! Loin d’être là pour « empêcher » les marcheurs de profiter de Dame Nature, les panneaux permettent avant tout de se tenir au courant de la règlementation. Il est par exemple interdit de quitter les sentiers balisés, on doit tenir son chien en laisse et la cueillette des myrtilles est règlementée... « Les gens nous disent parfois qu’ils n’ont pas vu les panneaux. » explique Cyril, avant de continuer « Pourtant ils sont placés à tous les abords de la réserve… et ne sont pas là pour contraindre, mais plutôt pour expliquer que la réserve est un lieu qui ne se « consomme » pas comme les autres, qu’il y a des règles et qui se découvre avec respect et humilité… ». Il est également vivement conseillé de faire le moins de bruit possible et de ne laisser aucune trace de son passage… D’autant plus que l’hiver est une saison où les déplacements et la nourriture sont plus compliqués pour de nombreux animaux, comme par exemple le Grand Tétras. Il est donc inutile de rajouter un stress supplémentaire. Vous êtes maintenant prévenus !

Un lieu pour se confronter à la réalité du vivant

Mais pourquoi avoir créé une réserve naturelle à cet endroit ? La question est légitime et la réponse l’est encore davantage. Protéger un espace naturel, c’est veiller à la bonne santé de ses milieux et de ses habitants. Chaque année, des suivis scientifiques sont réalisés ce qui permet de connaître l’évolution des espèces. Ainsi, on trouve plus de 70 espèces d’oiseaux différentes, 24 espèces de mammifères et plus de 650 espèces d’insectes (papillons, criquets, libellules). En ce qui concerne la flore, là encore la diversité est impressionnante, car on dénombre plus de 170 espèces de lichens de champignons et de mousses et plus de 600 espèces d’arbres et de végétaux ! Cyril et Marjolaine, sont aussi là pour rappeler que certains comportements n’ont pas leur place dans la réserve. Même s’ils privilégient la pédagogie, ils n’hésitent pas, quand certaines limites sont franchies, à verbaliser les personnes malveillantes… « Nous ne sommes pas là uniquement pour faire la police, mais on voit certains comportements qui ne peuvent rester impunis malheureusement. Je veux aussi attirer l’attention sur le manque d’équipements de certains visiteurs, qui n’ont pas peur de s’aventurer en tongs ou talons hauts sur les sentiers, ou bien de faire de la luge juste à côté du précipice… Pour la sécurité de tous, il est nécessaire que les personnes comprennent comment la réserve « fonctionne » et ses caractéristiques » insiste Cyril.

Pour la période 2020-2030, le plan de gestion de gestion de la réserve s’appuie sur 4 grands objectifs : maintenir les habitats favorables à l’accueil du Grand Tétras, préserver la singularité des milieux et des espèces liées à l’altitude, suivre l’évolution de la réserve face au changement climatique et concilier fréquentation humaine et préservation du milieu…

Vous comprenez maintenant pourquoi il est nécessaire de connaître, de gérer et de protéger la réserve pour pourvoir continuer de s’émerveiller devant autant de biodiversité ! Pensez-y pendant votre prochaine balade !

 

Les missions du CENL :  Outres ses missions de préservation, de gestion et de protection des espaces naturels sensibles, le Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine sensibilise tous types de publics à l’environnement : scolaires, visiteurs, étudiants et grand public. Ainsi, depuis 30 ans, le CENL gère plus de 363 sites naturels à travers la Lorraine.

Pour en savoir plus : https://www.cen-lorraine.fr/

Suivez le CENL sur Fb : https://www.facebook.com/CENLorraine

 

Le saviez-vous ? :

Faing : Feigne, faigne ou faing désigne une zone marécageuse, humide, et plus précisément une tourbière. Celle du Gazon du Faing est la plus étendue du massif vosgien.

Gazon : Les chaumes, ces étendues sommitales de prairies et de landes, entretenues par la pâture, accueillent des plantes montagnardes, des insectes et de nombreux oiseaux.

Tanet : Anciennement « Tanneck » désigne un lieu planté de sapins ; la forêt est ici composée de sapins certes, mais au-dessus de la Route des crêtes, on trouve surtout le hêtre, puis l’épicéa qui tente de conquérir les chaumes

 

1 Extrait de « L'art d'habiter la terre - La vision biorégionale » KIRKPATRICK SALE, Wildproject Editions, 1985

©Photos : Marjolaine Chesnais

Aller plus loin

Vous recherchez

L'actu en poche...

Restez informés !

Vous souhaitez être informé de la publication de nouveaux articles par e-mail, 
abonnez-vous !

Nom